Sémiologie graphique : bien choisir ses couleurs

Variables visuelles, discrétisation, palettes séquentielles ou divergentes : les règles qui font une carte lisible.

Une carte peut être techniquement parfaite et pourtant illisible, voire mensongère. La sémiologie graphique, formalisée par Jacques Bertin en 1967, fournit les règles pour que l'œil comprenne instantanément ce que les données disent.

Les variables visuelles

Bertin identifie les moyens dont on dispose pour différencier des signes, au-delà de leur position sur le plan :

VariableExprime bienExemple
TailleQuantités (proportionnalité)Cercles proportionnels à la population
Valeur (clair → foncé)Ordre, taux, intensitéTaux de chômage du clair au foncé
Couleur (teinte)Différences qualitativesTypes d'occupation du sol
FormeDifférences qualitativesPictogrammes école / hôpital / mairie
Orientation, grainDifférences, superpositionsHachures

Erreur fréquente : utiliser des teintes différentes (arc-en-ciel) pour une donnée ordonnée. L'œil ne sait pas si le vert est « plus » que le jaune. Pour un ordre, variez la valeur (luminosité).

Stock ou taux ?

C'est la question fondamentale avant de dessiner :

  • Un stock (nombre d'habitants, d'entreprises) s'additionne : on le représente par des symboles proportionnels.
  • Un ratio (densité, pourcentage, taux) ne s'additionne pas : on peut colorier les zones, c'est la carte choroplèthe.

Colorier des communes selon leur population brute est trompeur : les grandes communes rurales, très étendues, dominent visuellement alors qu'elles sont peu peuplées.

Discrétiser : découper en classes

Pour une choroplèthe, on regroupe les valeurs en 4 à 7 classes. La méthode change radicalement le message :

  • Amplitudes égales : intervalles de même largeur. Simple, mais vide des classes si la distribution est asymétrique.
  • Quantiles : même nombre d'entités par classe. Bonne répartition visuelle, mais peut regrouper des valeurs très différentes.
  • Seuils naturels (Jenks) : minimise la variance dans chaque classe. Souvent le meilleur compromis.
  • Moyenne et écarts-types : pour montrer l'écart à la moyenne, avec une palette divergente.

Regardez toujours l'histogramme de vos données avant de choisir. QGIS l'affiche dans l'onglet Histogramme de la symbologie graduée.

Choisir sa palette

SéquentielleDivergenteQualitative
Séquentielle pour un ordre, divergente autour d'une valeur pivot, qualitative pour des catégories.
  • Séquentielle : du clair (faible) au foncé (fort) sur fond clair. Une seule teinte ou deux teintes proches.
  • Divergente : deux teintes opposées qui se rejoignent sur une couleur neutre au centre (moyenne, zéro, 50 %).
  • Qualitative : teintes distinctes de luminosité proche, sans hiérarchie implicite.

Générez et testez vos palettes avec notre générateur de palettes, interpolé dans l'espace perceptuel OKLab.

Accessibilité

  • Environ 8 % des hommes ont une forme de daltonisme. Évitez d'opposer rouge et vert.
  • Assurez un écart de luminosité suffisant entre classes : la carte doit rester lisible imprimée en noir et blanc.
  • Ne dépassez pas 7 classes : au-delà, l'œil ne fait plus la différence.

La checklist d'une carte réussie

  1. Un titre qui dit ce que montre la carte (et idéalement le message).
  2. Une légende claire avec unités.
  3. Une échelle et, si pertinent, une orientation.
  4. La source des données et la date.
  5. Un fond discret qui ne concurrence pas l'information principale.

Démonstration

Les règles de ce tutoriel appliquées aux communes de la Métropole de Lyon.

À essayer : comparez une densité (un taux) en aplats et une population (un stock) en cercles, puis l'erreur classique d'une population en aplats. Changez de discrétisation : avec les mêmes données, les amplitudes égales mettent presque tout dans la première classe, quand les quantiles et les seuils naturels se répartissent mieux (voyez l'histogramme). Essayez enfin une palette qualitative : l'ordre disparaît.